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Jack se souvenait du départ précipité qui avait eu lieu une heure plus tôt. Il
allait être papa. Cette pensée aurait du le remplir de joie mais la grossesse
n'avait duré que six mois et demi. Et le médecin l'avait empêché d'assister à
l'accouchement. Il l'avait pourtant promis à sa femme.
Cela faisait maintenant presque une heure qu'il attendait, seul, dans ce couloir
d'hôpital. Il était trois heures du matin et pourtant il ne ressentait pas
encore le moindre signe de fatigue. Il avait faim. Ce n'est pas le moment de
manger se dit-il, bien qu'il apercevait une vingtaine de pas plus loin sur sa
droite un distributeur de barres chocolatées et de boissons.
La peur l'envahissait, le silence de ce petit hôpital l'oppressant de plus en
plus. Ils habitaient depuis bientôt sept mois dans cette petite ville à cent
soixante-quinze kilomètres d'Atlanta. Pourquoi pensait-il à cela maintenant ? Il
n'en avait rien à faire de cette petite ville, sa femme était peut-être en train
de souffrir le martyr. Quel pensée morbide. Où sont les médecins, où sont ces
putains de médecins. Il avait lu dans un bouquin que les enfants nés avant le
terme avaient souvent de graves problèmes de santé. Et sa femme, comment allait
sa femme ?
Jack bailla, cela faisait maintenant plus de vingt sept heures qu'il n'avait pas
dormi. Il y a deux jours, sa femme avait laissé tombé sa tasse de café durant le
petit déjeuner. Il lui avait demandé si tout allait bien, et sa femme s'était
écroulée par terre. La peur de sa vie. Il l'avait immédiatement emmené chez le
médecin du coin, le docteur Hoyle. C'était une femme d'une quarantaine d'années,
les yeux bruns, d'une gentillesse et d'une douceur remarquable. Elle avait
prescrit des vitamines à sa femme et lui avait expliqué qu'elle ne devait pas se
surmener. Jack devait lui aussi par conséquent la surveiller. Et depuis, il
avait veillé sur elle, même la nuit. Il avait eu la peur de sa vie, qui ne
l'aurait pas eu ? Il bailla une seconde fois et se frotta frénétiquement les
yeux. Il devait se reprendre. Il n'y avait pas que lui, sa femme passait avant
la nourriture et le sommeil. Pourquoi les médecins ne l'avaient pas laissé
accompagner sa femme, sa présence l'aurait sûrement
réconfortée durant ces instants critiques. Il sentait la fatigue s'emparer de
lui, de plus en plus. Si seulement, il y avait du bruit. Pourquoi n'y a t-il pas
de bruit dans cet hôpital ! Où sont les infirmières, les nourrices, les malades.
Bon dieu, où sont ces médecins ? Il était maintenant presque quatre heures. Ses
yeux se fermaient doucement, non il ne devait pas se laisser sombrer dans le
sommeil. Seulement cinq minutes. Les lumières automatiques s'éteignirent
subitement. Jack s'endormit.
Peu de temps s'écoulèrent avant qu'il ne se réveille, sursautant du fauteuil sur
lequel il était affaissé.
Il avait entendu un cri, un terrible cri. D'où venait-il ? Une terrible détresse
l'envahit, on aurait dit un cri d'agonie. Sa femme, c'était peut-être sa femme.
Il se leva précipitamment, faillit flancher sous le poids de son corps, et se
mit à courir vers la double porte au fond du couloir. Il courrait, toujours plus
vite et pourtant cette double porte semblait toujours aussi loin. Mary,
j'arrive, attend moi. Soudain, il s'arrêta net. L'écriteau sur la double porte
n'indiquait plus le même message que lors de son arrivée, Aile 03, maternité,
accouchement. Il y lisait désormais Aile 00, morgue. Qu'est ce que c'est que
cette connerie ! Si, c'est une blague, ce n'est pas drôle. Il entendit de
nouveau un cri, c'était Mary, elle souffrait. Pris dans un élan de vitesse qu'il
ne s'était jamais connu, il couru en direction des portes. Étrangement, il s'y
trouva nez à nez plus rapidement qu'il ne l'avait pensé. Il commença à
tambouriner aux portes. Il frappait de plus en plus fort, criant,
appelant sa femme, priant quelqu'un de lui répondre. Brusquement, une des portes
s'ouvrit et Jack manqua de peu d'assommer la personne qui en sortait.
- "C'est pas bientôt fini ce bordel ! Vous voulez réveiller les morts ou quoi !
Vous savez pas lire : Morgue. C'est écrit en gros. M, O, R, G, U, E, épela
l'homme.
- Qui êtes vous ? lui demanda Jack, perplexe.
- Je suis le médecin légiste de cet hôpital. Et derrière moi, c'est comme qui
dirait ma seconde maison.
- Mais ma femme est là-dedans. Elle y est entré tout à l'heure.
- Elle était morte ?
- Mais non, elle allait accouché. Laissez moi entrer, je dois la voir !
- Désolé, monsieur ........?
- Masson.
- Désolé, monsieur Masson, mais personne n'est en vie la dedans et je peux vous
l'affirmer. Mais je veux bien vérifier si je n'est reçu personne du nom de
Masson.
- Mary, elle s'appelle Mary Masson. Mais elle n'est pas morte. Qu'est ce qui se
passe ici ?
- Je vais aller voir, répliqua le légiste."
Jack s'assit sur l'unique siège à sa droite, à coté de la porte. Où est ma
femme, se dit-il ? Mary, où était-elle ?
Il fut surpris de s'entendre crier le nom de sa femme. Pourtant, personne ne lui
répondit, si ce n'est l'écho de sa propre voix.
- "Vous en avez pas marre de crier comme ça à la fin !" C'était l'homme de tout
à l'heure.
- "Il n'y a personne du nom de Masson là dedans, du moins pour l'instant, lui
expliqua l'homme.
- Mais où est l'Aile 03, celle des accouchements ? demanda Jack
- Je ne sais pas, les accouchements c'est pas trop mon truc. Allez demander à
l'accueil..." Le médecin n'eut pas le temps de finir sa phrase que Jack était
parti en courant, désespéré. Il allait craquer, il le savait. Il entendit la
porte se fermer derrière lui et tourna sa tête durant quelques secondes.
Stupéfié, il stoppa net sa course, se retourna et tomba à genoux sur le
carrelage noir mal lavé du couloir. Mais qu'est-ce qui se passe ici, je deviens
fou putain ? Il leva la tête et lu sur l'écriteau bleu accroché aux portes :
Aile 03, maternité, accouchement. Qu'est-ce qui m'arrive ? Je suis cinglé ou
quoi ? Où est ma femme ? Où est-elle ? Je dois la voir, je dois lui dire que je
l'aime de tout mon coeur. Il entendit de nouveau un gémissement qui lui sembla
durer une éternité. Mary, ne m'abandonne pas ! Il se releva, consterné, et
marcha vers ces maudites portes. Et il frappa. Une jeune infirmière vînt lui
ouvrir. Elle s'appelait Katy et était qualifié : interne, c'était écrit
sur son petit badge blanc qu'elle portait sur son sein gauche. La jeune femme
était svelte, plutôt grande, typée Européenne du Nord, et avait un visage
radieux, souriant. Sur le moment, Jack crut qu'il était face à un ange, illuminé
par sa beauté, au milieu de cet enfer. L'infirmière lui demanda d'une voix très
douce, presque en murmurant :
- "Que voulez-vous monsieur ?
- Ma femme est en train d'accoucher, je dois la voir ! lui expliqua Jack.
- Ah, vous êtes monsieur Masson. Je suis désolé mais le médecin m'a demandé de
vous laisser attendre à l'extérieur de l'aile, commenta Katy.
- Mais je dois la voir, elle a besoin de moi.
- Oh non monsieur Masson. Je pense que c'est vous qui avez plus besoin d'elle.
Vous allez être papa. C'est normal d'être un peu nerveux. Bah, allez-y rentrez.
Allez vous asseoir sur le siège la bas au fond, un médecin viendra vous voir
quand tout sera terminé. Jack suivit la jeune femme et s'affaissa dans le
fauteuil. Avec une certaine anxiété, il interpella l'infirmière qui repartait :
- "Pourquoi ne puis-je voir ma femme ? Que se passe t-il bon Dieu ?
- Je n'en sais rien, lui répondit-elle. Je ne suis là que depuis peu de temps.
Mais ne vous inquiétez pas ! Il y a des revues pour passer le temps, vous
pourrez allumer la lampe de chevet à votre droite si vous ne voyez pas très
bien."
Jack entreprit aussitôt d'allumer cette petite lampe verte et se retourna pour
parler à l'infirmière. La jeune femme s'était volatilisée. Il se
retrouvait à nouveau seul dans cet hôpital avec comme seule compagnie des
magazines et une pâle lumière pour le guider. Que se passe t-il dans cet hôpital
? Les gens apparaissent et disparaissent comme par magie, j'entends des
cris; je vois des choses qui n'existent plus deux secondes plus tard. Il
tendit son bras gauche ,tremblotant, et attrapa un magazine d'automobiles.
Il commença à feuilleter la revue, page après page, et le temps passa. Soudain,
il entendit une porte s'ouvrir, un médecin apparu, étrangement vêtu de
noir.
- « Veuillez me suivre Mr Masson, demanda celui-ci »
Jack se leva et hésita, effrayé à l'idée de voir sa femme mais surtout
anxieux du fait du comportement étrange des individus de cet hôpital. Durant le
cours trajet qui le menait à Mary, le docteur engagea la conversion dans un long
couloir mal éclairé, aux couleurs âcres et mortes.
- « Mr Masson, j'ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. »
Jack sentit son coeur s'emballer, il se sentit défaillir.
- « Qu'est ...Qu'est-ce qu'il s'est passé ? balbutia-t-il
- L'accouchement a été difficile, le bébé s'est présenté à
l'envers, avec un triple noeud du cordon ombilical autour du cou. Nous
l'avons vu trop tard et il est mort par strangulation, c'était une
fille.
- Mon, mon bébé est mort ?? Non, ce n'est pas possible ! Ma femme, comment
va ma femme ?
- Nous avons tenter d'extraire le cadavre de l'enfant du corps de
votre femme mais elle avait perdu beaucoup trop de sang. Elle est morte, je suis
désolé
- Non ! Non, c'est impossible. Je veux la voir, je veux la voir, vous avez
compris !!! Je suis sur que vous mentez !
- Nous arrivons Mr Masson, je suis vraiment navré.
Jack, en entrant dans la salle, entrevit une sage femme portant un petit drap
dans le creux de ses bras. Il y avait quelque chose dedans.
- « Ma fille, non ! Mon bébé, il est mort ,pourquoi ??? » cria le pauvre
homme, le visage complètement déformé par la souffrance.
Le désespoir qui l'envahissait, qui le dominait l'empêcher pour le
moment de verser la moindre larme. Puis, il devina une table
d'accouchement à travers un fin rideau blanc. Il avança vers celui-ci et
l'ouvrit délicatement. C'était sa femme. Un linceul taché de sang
lui recouvrait le corps à l'exception du visage, un visage figé dans la
mort.
Non, Mary je t'aime ! Ne me laisse pas tout seul. Il s'appuya sur le
mur à sa gauche et le médecin le pria de s'asseoir de peur qu'il
s'évanouisse.
- « Elle a souffert ? Demanda Jack, le coeur triste, la voix pleine de chagrin.
Son amour était parti pour toujours.
- Je suis vraiment navré d'avoir à vous dire cela mais oui, elle a
souffert.
Jack sentit alors le sol s'ouvrir sous pieds, des larmes coulées le long
de son visage, il en sentit le goût salé et amer. Le médecin s'approcha et
posa une main rude et ferme sur son épaule. Reprenez vous Mr Masson, reprenez
vous. Mais Jack ne l'entendait plus. Les yeux fermés, il se sentait
partir, partir très loin dans le néant, il voulait mourir. Pourtant, la main du
docteur recommença à le secouer, avec plus de vigueur. Qu'il me laisse en
paix, je veux qu'on me laisse tranquille. Mais le médecin continuait de le
secouer toujours plus fort, il l'entendait crier « Mr Masson,
réveillez-vous ! ». Jack ouvrit les yeux, un homme lui remué frénétiquement
l'épaule. « Vous vous êtes endormi monsieur ».
Tout cela n'avait été qu'un simple rêve, un rêve affreux. Jack se
releva précipitamment et demanda à l'homme en blouse blanche
- « Quelle heure est-il ? Où est ma femme ?
- Calmez vous. C'est moi qui est fait accoucher votre femme. Tout
c'est bien passé. Il est 4h45 et vous êtes papa d'un joli petit
garçon.
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Christ